Le sang coule sur mes mains. J'en ai partout. Sur mon T-shirt, sur mon visage, dans mes cheveux. Il y en a par terre, sur les murs. Je tremble de tout mon corps, j'ai encore du mal à réaliser ce qui vient de se passer, je n'arrive pas à me remettre les idées en place. Une seule phrase résonne dans ma tête, tel un écho.
«J'ai tué un homme ... Je l'ai tué ... Putain j'ai tué quelqu'un ...»
Ma respiration est encore saccadée. Ma main tremble tellement que le couteau que je tenais tombe à terre. Je m'appuie contre le mur couvert de sang, et me laisse glisser sur le sol crasseux. Je me prends la tête dans les mains. Mes cheveux sont poisseux, le sang coagule. Je me force à respirer lentement, à calmer mes tremblements. Mais je n'ose toujours pas regarder la masse noire étendue à quelques mètres de moi. Elle m'intimide, j'ai peur qu'elle se mette à bouger, alors que je sais qu'il est mort.
Il fait nuit, heureusement. J'essaie de reprendre le contrôle de mes esprits. Je récupère le couteau, il ne faudrait pas qu'on y trouve mon ADN. Je me relève, péniblement. J'ai mal. Très mal. Je soulève mon T-shirt et regarde, d'un air interdit, ma blessure, et le sang qui coule, et coagule, sur mon ventre. Ça va, ça a plutôt l'air superficiel. Je remonte ma culotte et mon jean. Mes larmes commencent à couler. J'ai tué mon violeur. Je ne le réalise toujours pas. Je voudrais mourir, à cet instant précis. Mais j'avance. Je contourne le corps, sans lui jeter un regard. Je continue ma route, puis, m'arrête. La nuit, on ne voit rien, mais demain ... Je retourne sur mes pas. Je jette un regard terrifié sur mon agresseur. J'ai tellement peur qu'il se mette à bouger ... Je n'ose pas le toucher. Je l'observe. Il doit avoir dans les 40 ans. Origines africaines, à en juger par la couleur de sa peau. Cheveux courts, ni barbe, ni moustache ... Je jette un coup d'½il à ses mains. Il a une alliance. Bon sang, c'est pas vrai. J'hésite, puis je me penche. Avec une grimace de dégoût. Il me répugne. J'ai dans ma tête les images de ce qu'il m'a fait. Mais je respire un grand coup. Je mets la main dans les poches de son blouson. Je trouve son portefeuille. Je l'ouvre. Moussa Abdila. Père de 3 enfants. C'est pas vrai ... Je tombe sur les photos de ses gosses. Putain, des gamins de 4-5 ans ! Je n'en reviens pas. Je ne veux pas en voir plus. Laissant tomber le portefeuille au sol, je me dirige rapidement vers l'immense poubelle, l'ouvre. Puis je retourne auprès du cadavre. Je le traîne par le bras. J'ai du mal à le soulever, mais je finis par y arriver. Je le bascule au fond de la poubelle, et le recouvre de divers déchets. Je referme le couvercle, et je m'enfuis. Sans me retourner. Le vent sèche mes larmes.
[ Je crois que je respire Et mes doigts que j'inspire J'avale et je recrache Je me remplis et me vide De mon âge... Je me fais que du bien Et je me fais que du sale c'est normal J'adore donner mon sang Et j'en donne toujours le plus souvent... Pourquoi j'en donne aussi souvent Que j'adore autant que ça me fait mal Tu vois comment A l'intérieur de moi Je me sens Personne ne voit Et ne s'aperçoit de ce qui m'attend Pourquoi Ô moi Je ne suis qu'une fille qui s'éteint J'essaye et j'essaye mais je n'y arrive pas Mais ne m'oubliez pas Je mange et je m'ennuie De ma vie j'anorexie Si je bois ce poison Qui sait si je grandirai Dans la nuit Je ne rêve plus à rien Je sens que je me profane Ô mon âme Maman j'ai peur de tout ce que j'ai à l'intérieur Ô maman pourquoi j'ai si peur que tout commence Et que tout m'écoeure Tu vois comment A l'intérieur de moi Je me sens Personne ne voit Et ne s'aperçoit de ce qui m'attend Pourquoi Ô moi Je ne suis qu'une fille qui s'éteint Je ne suis qu'une fille qui s'éteint Mais je disparais Je sais je n'y arrive pas Je suis pas mal je suis pas bien C'est juste que je ne suis rien Reviens moi Retiens moi Réveille moi . Indochine - June ]
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